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20.12.2024

Les bénéfices économiques de l’allaitement

Quels sont les avantages économiques en termes de santé, aussi bien pour l’Etat que pour les familles ?

L’allaitement offre de nombreux avantages financiers, tant pour les familles que pour l’État, grâce à ses effets positifs sur la santé et à la réduction des coûts associés aux maladies infantiles et maternelles. Voici une analyse des principaux avantages financiers :

Pour les familles

1. Réduction des coûts alimentaires :

• L’allaitement maternel est gratuit, contrairement aux préparations pour nourrissons, qui peuvent représenter une dépense significative (entre 50 et 150 € par mois, selon la marque et les besoins).

• Pas besoin d’équipements supplémentaires (biberons, chauffe-biberons, stérilisateurs, etc.), sauf en cas d’utilisation d’un tire-lait.

2. Moins de dépenses médicales :

• Les bébés allaités tombent généralement moins malades, ce qui réduit les frais liés aux consultations médicales, aux médicaments et aux hospitalisations.

• Par exemple, l’allaitement réduit le risque de gastro-entérites, otites, infections respiratoires et allergies, qui sont coûteuses à traiter.

3. Réduction de l’absentéisme parental au travail :

• Les parents de bébés allaités manquent moins de journées de travail pour s’occuper d’enfants malades, ce qui a un impact positif sur les revenus familiaux.

Pour l’État et le système de santé

1. Diminution des coûts de santé publique :

• Les enfants allaités ont moins de risques de développer des maladies chroniques comme le diabète de type 2, l’obésité ou l’asthme, ce qui réduit les coûts à long terme pour les systèmes de santé.

• Une étude a montré que l’augmentation des taux d’allaitement pourrait permettre d’économiser des milliards d’euros chaque année dans les dépenses de santé.

2. Réduction des coûts liés aux maladies maternelles :

• L’allaitement maternel diminue les risques de certaines maladies chez les mères, comme le cancer du sein et des ovaires, ou l’ostéoporose, ce qui réduit les dépenses de santé pour leur prise en charge.

3. Impact positif sur l’économie :

• Un taux d’allaitement élevé permettrait de réduire les dépenses publiques liées à l’achat de lait infantile dans certains programmes sociaux.

4. Moins de pression sur les infrastructures médicales :

• Avec des enfants en meilleure santé, il y a moins de demandes de consultations médicales et d’hospitalisations, ce qui libère des ressources pour d’autres besoins de santé publique.

Études et estimations

Des études ont estimé qu’augmenter les taux d’allaitement dans les pays développés pourrait économiser des millions, voire des milliards, en frais de santé et en pertes de productivité. Par exemple :

• Aux États-Unis, un rapport publié dans Pediatrics estime que si 90 % des familles allaitaient exclusivement pendant les six premiers mois, le système de santé économiserait plus de 13 milliards de dollars chaque année.

• En France, selon certaines analyses, une promotion accrue de l’allaitement pourrait significativement réduire les coûts liés aux maladies infantiles évitables.

Conclusion

L’allaitement maternel est bénéfique sur le plan financier pour les familles et pour l’État grâce à ses effets préventifs sur la santé. Encourager et soutenir l’allaitement (congés maternité adaptés, accompagnement des mères, campagnes d’information) constitue un investissement rentable pour la société dans son ensemble.

Le coût du non-allaitement pour la société

Le coût du non-allaitement pour une société peut être considérable, en raison des conséquences sur la santé publique, les finances des familles, et l’économie globale. Ces coûts incluent des dépenses directes et indirectes liées à la santé, à la productivité et au développement socio-économique. Voici une analyse détaillée :

1. Coût pour le système de santé

Le non-allaitement est associé à une augmentation de la prévalence de nombreuses maladies infantiles et maternelles, ce qui alourdit le fardeau des dépenses de santé.

Pour les enfants :

• Risques accrus de gastro-entérites, infections respiratoires, otites, et hospitalisations liées.

• Augmentation de maladies chroniques comme l’obésité, le diabète de type 2, les allergies et l’asthme.

• Impact à long terme sur la santé cognitive et développementale (résultant en moins de productivité future).

Pour les mères :

• Risques plus élevés de cancer du sein et des ovaires, de diabète de type 2 et d’ostéoporose e.a. Voir le détail ici Allaitement et santé de la femme

• Besoin accru de consultations médicales, de traitements et d’hospitalisations.

Exemple d’estimation :

Aux États-Unis, une étude publiée dans Maternal & Child Nutrition en 2013 a estimé que le non-allaitement coûtait au système de santé 3 milliards de dollars par an, en raison de l’augmentation des maladies infantiles et maternelles évitables.

2. Coût pour les familles

Dépenses alimentaires supplémentaires :

• L’achat de lait infantile représente une dépense importante pour les familles (jusqu’à 1 500 € par an).

• Coût associé à l’achat d’équipements supplémentaires (biberons, stérilisateurs, chauffe-biberons, etc.).

Frais médicaux :

• Les enfants non allaités tombent plus souvent malades, augmentant les frais médicaux (consultations, médicaments, hospitalisations).

• Augmentation de l’absentéisme des parents au travail pour s’occuper d’enfants malades, ce qui peut affecter les revenus.

3. Coût pour l’économie globale

Perte de productivité :

• Les journées de travail perdues des parents pour cause d’enfants malades ou hospitalisés entraînent une baisse de productivité économique.

• La diminution du potentiel de développement cognitif chez les enfants non allaités peut avoir des répercussions économiques à long terme sur la main-d’œuvre future.

Impact sur les inégalités sociales :

• Les familles modestes sont souvent les plus touchées par le coût des préparations pour nourrissons, ce qui aggrave les inégalités économiques.

4. Impact environnemental et coût sociétal

Consommation de ressources :

• La production de lait infantile consomme d’importantes quantités d’eau, d’énergie et de matières premières (lait de vache, emballages, transport).

• L’empreinte carbone associée à la fabrication et au transport du lait infantile contribue au changement climatique, ce qui a des coûts indirects pour la société (pollution, catastrophes naturelles, etc.).

Déchets :

• Les emballages et les déchets liés aux produits pour nourrissons représentent un coût supplémentaire pour les systèmes de gestion des déchets.

Exemples d’estimations globales

• Une étude publiée dans The Lancet en 2016 a estimé que le coût mondial du non-allaitement, en termes de santé infantile et maternelle, s’élevait à environ 300 milliards de dollars par an, principalement en raison de pertes économiques liées à la baisse du développement cognitif.

• Les coûts environnementaux du non-allaitement, bien qu’encore mal quantifiés, sont également considérables.

Conclusion

Le non-allaitement impose un fardeau économique et environnemental significatif à la société. Ces coûts incluent des dépenses de santé accrues, des pertes de productivité, une aggravation des inégalités et des impacts environnementaux. Investir dans la promotion et le soutien de l’allaitement (allongement des congés maternité, sensibilisation, aides aux mères) est donc non seulement bénéfique pour la santé publique, mais aussi économiquement rentable pour les individus et la société dans son ensemble.

Le coût de l’allaitement pour une femme

Allaiter signifie un investissement en temps et en effort pour la femme.

Un article de l’American Sociological Association (ASA) paru le 27 avril 2012 révèle les coûts « cachés » de l’allaitement maternel – une approche intéressante qui montre que souvent le poids est porté par la femme seule, alors que l’allaitement a des bénéfices pour toute la société. Source : https://lesvendredisintellos.com/2012/05/05/les-couts-caches-de-lallaitement/

Dans la même verve, un article est paru dans dans Journal of Perinatology (2023) 43:678–682; https://doi.org/10.1038/s41372-023-01646-z détaille les coûts afférents de l’allaitement.

« 

Il est essentiel de comprendre les coûts associés à l’allaitement pour développer une politique de soutien à l’allaitement aussi efficace que possible en s’attaquant aux barrières financières. L’allaitement n’est pas sans coût ; les coûts directs comprennent ceux de l’équipement, de l’apport nutritionnel modifié et du temps (coût d’opportunité). L’allaitement ne nécessite pas obligatoirement plus d’équipement que l’alimentation par le lait artificiel, bien que l’utilisation de l’équipement varie en fonction des préférences de la mère. Pour répondre à des besoins nutritionnels accrus, il faut dépenser davantage pour l’alimentation et, éventuellement, pour des compléments alimentaires, dont le coût marginal dépend de l’alimentation de base de la mère. Le coût d’opportunité des trois à quatre heures heures par jour consacrées à l’allaitement peut être prohibitif, en particulier pour les travailleuses à faible revenu. Ces coûts sont relativement plus élevés pour les personnes à faible revenu, un groupe composé de manière disproportionnée de minorités raciales et ethniques, et qui affichent des taux d’allaitement inférieurs à ceux de leurs homologues blancs et à revenus plus élevés. La reconnaissance et la prise en compte de ces coûts et de leur nature régressive représentent un élément essentiel d’une politique d’allaitement efficace. »

Estimation pour la Suisse

L’article de Nature cité ci-dessus a été repris en Suisse. Ainsi, allaiter son bébé coûterait 9500 francs par an. https://www.20min.ch/fr/story/maternite-allaiter-son-bebe-couterait-9500-francs-par-an-300046780161

Calculer la valeur du lait maternel

Mesurer et valoriser la productivité des femmes en utilisant l’outil d’évaluation économique lait maternel

L’allaitement et le lait maternel ne sont actuellement pas pris en compte dans les systèmes alimentaires ou dans l’économie et devraient l’être. L’outil « lait maternel » y contribuera.

L’argent est le langage des décideurs politiques. Le fait de comptabiliser la production de lait maternel dans les statistiques alimentaires et économiques permettra d’améliorer la prise de décision politique et les investissements dans le travail non rémunéré des femmes.

L’outil « Mothers’ Milk » quantifie le volume de lait maternel et la valeur de l’allaitement au niveau national et mondial. L’outil quantifie également ce qui est perdu lorsque les environnements nationaux, les politiques, les soins de santé, le travail et la communauté ne permettent pas aux femmes et aux enfants d’exercer leur droit à l’allaitement maternel.

Voir la présentation du lancement de cet outil le 5 mai 2022 https://nceph.anu.edu.au/news-events/events/measuring-and-valuing-womens-productivity-mothers-milk-tool

Estimations pour la Suisse

La dernière Etude SWIFS date de 2014 basée sur les chiffres de 2013. Une nouvelle SWIFS sera publié en automne 2025. Les extrapolations suivantes sont basées sur les chiffres de 2013.

En 2013, la Suisse comptait 82 372 naissances vivantes. Selon la SWIFS, 95 % des mères pratiquaient un allaitement à la naissance. Etant donné que la SWIFS se base sur des échantillons, et non pas sur des chiffres exhaustif, le tableau est réducteur. Cette façon de mesurer les taux d’allaitement est si approximatif que l’OMS n’accepte pas les chiffres suisses dans ses statistiques mondiales. La WBTi Suisse a également souligné ce point comme regrettable absence de chiffres pour le monitoring de l’allaitement.

Calcul approximatif du volume du lait maternel produit en Suisse

1er mois

Calcul basé la SWIFS, donc 82 731 naissances vivantes en 2013, dont 95 % de ces bébés sont allaités à la naissance, donc 78 594 bébé. La durée exacte étant inconnue, admettons 1 mois (hypothèse très optimiste) : 78 594 bébés reçoivent environ 0,5 L de lait maternel / jour = 39 297 L de lait maternel produits pour 1 seul jour. Durant 30 jours, cela fera 1 178 910 L de lait maternel , donc plus d’un million de litres pour le premier mois d’allaitement exclusif.

Entre 1 mois et 3 mois

Dans le mesure où le taux d’allaitement exclusif baisse après un mois, la production va en diminuant. Selon la SWIFS, à 12 semaines (3 mois), seulement 50 % des enfants sont encore allaités. Il y a donc une chuite de 95% à 50% entre la semaine 4 et la semaine 12. En revanche pour le calcul, la quantité de lait augmente à 0,8 L/ jour/ enfant. Notre calcul : une moyenne de 72,5 % des bébés (56 980) sont donc allaités durant encore 2 mois, cela fait 56 980 x 0,8 L (= 45 584 L) x 60 jours = 2 735 040 L de lait maternel

Entre 3 et 6 mois

Le taux d’allaitement exclusif chute encore pour atteindre moins de 25 % d’allaitement exclusif à 6 mois. Le calcul serait une moyenne de 40 % des bébés (31 437 bébés) reçoit durant 3 mois (90 jours) encore 0,8 L de lait maternel par jour. Notre Calcul 31 437 x 0,8 L (25149 L) x 90 = 2 263 464 L de lait maternel.

La Suisse aurait donc produit environ 1 178 910 L + 2 735 040 L + 2 263 464 L = 6 177 414 L de lait maternel, en tenant compte uniquement de l’allaitement exclusif, sans l’allaitement mixte ni la poursuite de l’allaitement après 6 mois.

Calcul approximatif de la valeur lait maternel produit en Suisse

Si on voulait « monnayer » cette quantité de lait maternel, en y appliquant le prix du litre de lait maternel fourni par un lactarium 75 CHF/L, la valeur estimée pour la seule année 2013 serait de 463 306 050 CHF, donc une richesse de plus de 463 millions de france générés par les femmes. »Si on voulait « monnayer » cette quantité de lait maternel, en y appliquant le prix du litre de lait maternel fourni par un lactarium 75 CHF/L, la valeur estimée pour la seule année 2013 serait de 463 306 050 CHF, donc une « richesse » de plus de 463 millions de france générés par les femmes par le seul produit brut.

S’y ajoutent les bénéfices santé et de nombreuses autres économies externalisées.

Richesse créée par une femme suisse allaitante

Une femme qui allaite son bébé durant 6 mois exclusivement produit un total d’environ 135 L de lait maternel(30 jours à environ 0,5 L et 150 jours à environ 0,8 L de lait maternel = 135 L), au « prix » de 75 CHF/ L. Cela équivaut à 10’125 CHF.

C’est la valeur brute du lait maternel, à laquelle il faut ajouter la valeur les économies de frais de santé pour la mère et l’enfant, et aussi le coût économisé de l’impact environnemental de la production des substituts du lait maternel – pour cet aspect, veuillez consulter notre page Environnement et climat.

Références

Combien coûte le litre de lait maternel d’un lactarium ? En France, le coût du litre de lait maternel est de :

  • 80€ le litre pour le lait maternel frais ou congelé, 
  • 1 330€ le litre pour le lait maternel lyophilisé. 

Source : E. Lobry, 2019, Le don de lait maternel : expliquer et informer, Le don de lait maternel. Expliquer et informer, U.F.R. de Pharmacie Picardie Jules Verne

Etudes et outils